La Mannschaft impose le respect
Extrait de Presse du 07/06/2006
Respect ou compassion, crainte ou
vénération, espoir ou doute ? Lopinion publique allemande est on ne peut plus
partagée quant aux attentes à placer dans la sélection nationale allemande à
loccasion de la Coupe du Monde de la FIFA quelle disputera sur son propre sol.
Alors que la grande fête du football mondial sapprête à débuter dans le pays du
triple champion du monde, lopinion publique allemande ne sait pas réellement ce
quelle est en droit dattendre des troupes du sélectionneur Juergen Klinsmann.
Le statut de la Mannschaft divise également lopinion à létranger. Le pays
hôte figure-t-il parmi les favoris ou jouera-t-il plutôt un rôle doutsider ? La
planète foot affiche néanmoins une certitude. Si la formation articulée autour du
capitaine Michael Ballack ne dispose pas des individualités qui composaient les équipes
des années 70, 80 et 90, les vertus traditionnelles du football allemand, à savoir la
combativité et la discipline de fer, peuvent encore lemmener très loin.
La victoire convaincante des Allemands à loccasion de leur dernier match de
préparation contre la Colombie (3-0), vendredi dernier à Mönchengladbach, semble avoir
redoré le blason des hommes de Klinsmann. Elle a surtout permis de déchaîner enfin les
passions dans le pays organisateur. "Le public réalise petit à petit que nous
sommes en train de construire quelque chose. Il se rend compte également que nous avons
besoin de lui. Il nous pousse à bien faire. Espérons que cela décuplera notre énergie
pendant la Coupe du Monde", a déclaré le sélectionneur fédéral.
Un sentiment deuphorie semble en effet gagner lAllemagne depuis quelques
jours, de la Mer du Nord jusquaux Alpes. Les Allemands ont enfin scellé l'union
sacrée derrière leur équipe nationale, créant un esprit de corps qui a toujours fait
la force de ce pays. "Oui, les gars ! Cest comme ça que vous allez gagner. Et
nous allons tous mettre le feu avec vous !", pouvait-on lire dans le quotidien
"Berliner Kurier" au lendemain de la victoire sur les Sud-américains. Quelques
jours plus tôt, après un pénible nul arraché contre les Japonais, la presse allemande
navait pourtant pas hésité à fustiger la déplorable condition physique de la
Mannschaft.
Comment les 23 joueurs allemands qui tenteront de conquérir pour la quatrième fois le
plus prestigieux trophée du monde du football sont-ils perçus par les 82 millions
dAllemands ? Lunanimité nest pas de mise, cest une évidence.
Rarement une sélection allemande aura généré autant dincertitudes à quelques
jours dune phase finale. Même dans son propre pays. Il ne fait pourtant aucun doute
que le soutien des supporters sera exceptionnel. Ils seront plus enthousiastes que jamais.
Rien que pour ça, lAllemagne peut rêver dun grand triomphe.
Paradoxalement, les hommes de Klinsmann sont davantage appréciés à létranger que
dans leur propre pays. Alors quil a fallu attendre lexcellente prestation
contre la Colombie pour voir poindre un élan doptimisme en Allemagne, la Mannschaft
est invariablement considérée par ses principaux concurrents comme lune des
équipes favorites de la Coupe du Monde de la FIFA. Les Italiens, Brésiliens, Anglais,
Argentins ou Français ne se souviennent que trop bien des équipes allemandes qui ont
disputé les dernières grandes compétitions internationales. Pour eux, cela ne fait
aucun doute : quand tout commencera, les Allemands auront retrouvé leur meilleur niveau.
"Il est difficile dévaluer le véritable niveau de cette équipe. Mais nous
avons le sentiment que Klinsmann et son meilleur élément, Ballack, veilleront à ce que
lon doive à nouveau compter avec eux. Et le collectif prendra une nouvelle fois le
dessus sur les qualités individuelles. Sil y a une équipe qui peut battre le
Brésil, cest sans doute lAllemagne", pouvait-on lire récemment dans le
quotidien écossais "Scotsman". Le continent sud-américain est lui aussi
convaincu de la volonté de fer qui animera les Allemands. "Nous nous reverrons en
finale", titrait le journal argentin "Olé" après la victoire sur la
Colombie. Le monde entier affiche son respect, que veut Klinsmann de plus ?
Le champion du monde de 1990 sait pertinemment que loptimisme actuel tient à un
fil, surtout dans son pays. Ceux qui pensent que lopinion publique allemande
soutiendra son équipe quoi quil arrive, même en cas de mauvais résultats,
risquent de se tromper lourdement. La marge de manuvre de la Mannschaft est en effet
très étroite à lentame de cette Coupe du Monde de la FIFA. Les déclarations de
Klinsmann à propos de sa vision de victoire finale, il y a déjà 22 mois, ny sont
pas étrangères.
Cet objectif sapparentait à lépoque à une expédition vers une planète
encore inexplorée. La fusée est amorcée, le réservoir est plein et léquipage
est prêt. Mieux vaut maintenant éviter le moindre trou dair qui pourrait
rapidement faire chuter les Allemands de leur nuage deuphorie. Et donner un autre
visage aux titres des journaux. |