Mehdi Bennani - Un
espoir confirmé du sport automobile
Entretien du 07 décembre 2005
Ma naissance au sein d’une famille passionnée autant que moi du sport
mécanique y a largement contribué. A peine trois ans et jusqu'a l’âge de 16
ans, j’étais présent dans tous les paddocks des circuits du Grand Tourisme
national où participait ma mère, en tant que seule femme pilote arabe et africaine championne de course auto sur circuit de vitesse fermé, mon père
pilote aussi et champion du Maroc de moto cross quatre années de suite.
À 17 ans j’ai participé au championnat national Renault SUPER 5 et le championnat trophée PALIO, j’ai occupé les premières places du podium sans
aucune difficulté, ce qui m’a poussé à intégrer en 2002 le championnat de la
formule campus FFSA - la filière de la fédération française des sports automobiles.
L’année 2004 j’ai pu participer au championnat de la formule BMW ASIA et
j’ai été deuxième au classement général et j’ai aussi remporté le titre du
meilleur champion ROOKIE de la formule BMW ASIA 2004 ; L année 2005, j’ai pu
intégrer le championnat de la World Séries by Renault, j’étais absent durant
tous les tests effectués par tous les pilotes assez expérimentés et même des
ex de la F1, ils ont même participé à la première course de ce championnat
ou j'étais aussi absent, j’ai du faire mes courses pour apprendre à piloter
cette monoplace de plus de 450 chv alors que les autres pilotes roulaient pour des points.
2006 : je compte disputer une deuxième fois le championnat de la World Séries by Renault avec un team meilleur, je tenterais de remporter le titre
afin de pouvoir accéder en formule 1.
Le pilote marocain Mehdi Bennani.Après une première expérience en «World
Series by Renault», Mehdi Bennani se prépare pour la saison 2006. Epsilon
Euskadi, l’écurie ayant remporté le titre en 2005, l’a approché. Mais pour
en faire partie, Mehdi devra payer 800.000 euros. Plus que jamais, il a besoin du soutien des grandes firmes marocaines
Quel bilan faites-vous de votre première participation, cette année, dans le
championnat des «World Series by Renault» (WSR) ?
Mehdi Bennani : je suis peut-être fier d’avoir été le premier pilote marocain, arabe et africain à participer à cette compétition, mais je
n’irais pas jusqu’à dire que cette expérience est des plus positives, car
j’aspirais avant tout à remporter le championnat. J’ai fait l’erreur de
piloter pour une petite écurie, Avelon Formula, inéxpérimentée et dont les
ingénieurs n’étaient pas assez compétents. Or, le set-up de la voiture est
très important.
D’ailleurs, c’est probablement à cause de son manque d’expérience que cette
écurie a été exclue du championnat des WSR pour la saison 2006. Ceci étant,
je qualifierais cette première participation de globalement intéressante, puisque je me suis familiarisé avec ces grands circuits, qui sont d’ailleurs
les mêmes où se disputent les courses du championnat de Formule 1. Il faut
aussi savoir que je suis passé d’une monoplace de la Formule BMW, développant 170 chevaux à une autre bien plus puisante, puisqu’elle compte
520 chevaux bruts, soit près de 450 chevaux réels. C’était donc une sacrée
expérience.
Et cela ne vous a pas effrayé de passer, d’un coup, à une telle puissance et
de rivaliser avec des pilotes qui ont des années d'expérience ?
Non, du tout. Cela, même si un grand pilote comme Jackie Stewart, que j’ai
rencontré, a qualifié mon passage de la Formule BMW à la WSR de suicide ! Il
est certes impressionnant de disputer ce championnat avec des pilotes plus expérimentés, mais être le plus jeune du lot ne m’a pas fait peur et m’a
plutôt stimulé. D’ailleurs, j’ai souvent été plus rapide d’une seconde et
demie, voire deux de mon coéquipier Ivan Bellarosa, qui est, lui, champion du monde de Formule 3000, alors qu’on avait la même monoplace. Au total et
au milieu d’une trentaine de pilotes en lice, j’ai pu signer quelques bons
résultats, en terminant par exemple 11ème sur le circuit d’Oscherslebenen
Allemagne et 13ème sur celui de Donington en Angleterre. Tout cela montre bien mon potentiel.
On considère ce championnat (WSR) comme étant «l’antichambre» de la F1,
pensez-vous réussir l’an prochain pour pouvoir y accéder ?
Accéder à la Formule 1 est plus qu’un rêve pour moi. C’est mon principal
but, au-delà du fait d’être le premier marocain à y parvenir. Mais cela ne
serait possible que si je roule pour un bon team en 2006, avec lequel je vais courir pour le titre. Car, à chaque fois que j’ai disputé un
championnat, je l’ai fait pour gagner. Donc je peux briller en Formule 1. Il
faudrait juste me donner ma chance.
Avez-vous alors été approché par une autre écurie du championnat durant cette saison ?
Tout à fait. Il y a Nicolas Todt, le fils de Jean Todt, l’actuel patron de
la Scuderia Ferrari, qui m’a appelé pour me dire : «nous suivons de très
près ce que tu fais et nous sommes prêts à collaborer avec toi». Ce genre de
proposition est très important et m’encourage à avoir encore plus confiance
en moi. Mais déjà, lors de ma quatrième course à Estoril, le président de
l’écurie Epsilon m’a directement contacté et m’a demandé de venir sur son
stand après l’épreuve. Puis, lorsque je l’ai rencontré après, il m’a proposé
de rouler avec ses pilotes l’année prochaine, c’est-à-dire en 2006. Donc, ce
n’est pas rien, sachant que l’un des pilotes, Robert Kubica, a non seulement
remporté le championnat 2005 de la WSR, mais a aussi décroché un poste de
pilote d’essai au sein du Team Renault F1.
Justement que pensez-vous de ce pilote polonais qui a été sacré champion des
WSR cette année ?
Je pense que Kubica a de la chance d’avoir réussi son tremplin vers la Formule 1. Cela dit, j’ai été surtout impressionné par sa grande popularité
dans son pays. Sur plusieurs circuits, il était supporté massivement par des
fans compatriotes et chaque course de la WSR était retransmise en direct sur
une télévision polonaise. C’est donc un pilote qui a tout le soutien de la
Pologne derrière lui, y compris sur le plan financier. Car, pour faire partie d’une écurie aussi performante qu’Epsilon, il faut avoir un budget
suffisant. Et là, Kubica a pu compter sur un large sponsoring de la part des
grandes entreprises en Pologne.
Maintenant concrètement, comment se présente la saison 2006 ?
Là, je viens d’effectuer, en début de semaine, ma première séance d’essais
sur le circuit de Paul Ricard au Castellet et ce dans le cadre des préparatifs aux WSR 2006. Maintenant, comme je vous l’ai déjà dit, le team
Epsilon m’a démarché pour la saison prochaine. Mais pour cela, j’ai besoin
d’environ 8 cent mille euros, soit plus de 8 millions de DH. Je compte beaucoup sur le soutien des grandes firmes marocaines que j’aimerais
sensibiliser sur l’énorme enjeux que représente la présence d’un pilote
marocain en F1. Jusqu’ici, j’avais pu compter sur le soutien financier de SM
le Roi, mais aussi sur celui du grand athlète, Hicham El Guerrouj.
D’ailleurs je tiens à les remercier pour tout l’inétrêt qu’ils ont pour moi.
Cependant, j’estime que d’autres partenaires devraient s’y mettre et avoir
plus confiance en moi.
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