Entretien exclusif avec Younès El Aynaoui
Rabat le 16 février 2005

   

Juste avant son départ pour son premier tournoi depuis longtemps, et juste après un entraînement sur terrain dur en compagnie du jeune espoir Idmbarek, Younès El Aynaoui a eu la gentillesse de répondre aux questions de Sportmaroc.com qu'il a reçu au Stade Marocain.
Younès s'exprime sur son retour dans le circuit, sur le tennis national et sur des sujets inédits.

Younès reprend du service pour le bonheur de tous

SPM : Alors Dubai, c'est confirmé ?
YEA : Oui, absolument. Je prend l'avion demain, le tournoi commence lundi. Avec mon classement protégé, je suis 26ème mondial durant 9 tournois et jusqu'à Roland Garros. Donc pas besoin de Wild Card ni d'invitation spéciale.

SPM : Tu n'as donc jamais eu l'intention d'arrêter?
YEA : Absolument pas. Il y a eu une méprise, lors de mon dernier tournoi. L'AFP m'avait interrogé à la sortie de mon match, blessé, frustré, et ne sachant pas si je devais subir une opération qui serait de mauvais augure. Il y a eu une interprétation que j'ai ensuite infirmé plus tard. Tant que j'ai envie de m'entraîner, de voyager, de jouer, de me faire plaisir, il n'en est pas question, alors pourquoi anticiper? Il n'y a malgré tout aucun mal à arrêter un jour, c'est dans l'ordre des choses, et je l'annoncerais sans problème quand cela viendra.

SPM : Comment te sens-tu physiquement, ressens-tu encore des douleurs à l'entraînement ?
YEA : Je vais bien, j'estime être à 95% au niveau de mon problème de pied, car cela se raidit un petit peu encore après de grands efforts. Mon problème à l'épaule va beaucoup mieux, celui qui m'avait empêché de servir à Cincinnati. J'espère que cela ne va pas lâcher !

SPM : Ton service est sans doute une de tes clés, penses-tu avoir retrouvé celui-ci ?
YEA : Oui, c'est vrai; cela m'assure d'arriver au moins au tie-break contre n'importe qui quand je sers bien. Disons qu'aujourd'hui ça va, je dois être à 80% de mes capacités au service. J'espère pouvoir me relâcher pendant mes premiers matchs pour tenir le rythme.

SPM : Le mental aussi est une de tes force. Qu'en est-il de ce côté ?
YEA : Dans ma carrière, il y a eu des haut et des bas. Le moral est entamé lorsqu'il y a frustration suite à une blessure, frustration de bien faire, de faire mon métier. En fait, quand le physique est bon, le moral suit toujours. Aujourd'hui mon mental est renforcé par ma famille et mes amis, par tous ceux qui ont envie que je joue bien et je le ressens. J'ai vraiment envie de finir sur un bon tournoi et je mets aujourd'hui toutes les chances de mon côté.

SPM : Quel est ton staff technique et comment se passent tes entraînements ?
YEA : Mon staff technique se résume à mon Kiné qui est tout le temps avec moi. Le travail est quotidien, précis et complexe : la forme physique est capitale pour moi. Quand au lieu, je suis souvent à Barcelone, qui est un centre très motivant : il y a des joueurs argentins (Nalbandian et Coria), des jeunes très affûtés avec qui je m'entraîne. J'ai été attiré par Ifrane pour les bénéfices de l'altitude, et j'ai vraiment apprécié cette ville qui a porté chance à Hicham El Guerrouj. J'espère y retourner le plus souvent possible, mais pour un tennisman, ce n'est pas aussi facile : un programme d'altitude s'étale sur 20 jours, ce qui est difficile à dégager dans nos plannings.

SPM : Quel est ta stratégie de tournoi pour la reprise ?
YEA : Je vais combiner les tournois que j'aime bien avec des tournois préparatoires. Je commence par Dubai où je me sens très bien, et où je sens un support comme à Doha ou à Casablanca. Ensuite j'enchaîne avec un challenger à Boca Rota sur dur pour préparer les masters de Miami pour rester dans cette zone. Ensuite je reviens au Maroc pour préparer Casablanca.

SPM : Quel est ton ambition cette année ?
YEA : C'est tout simplement retrouver mon niveau, et me faire plaisir. J'ai tellement souffert l'an passé à Cincinnati ... Il n'y a rien de pire que d'aborder un match diminué physiquement. Je ne compte pas bien sûr remporter Dubai, mais j'espère bien jouer, et surtout jouer de mieux en mieux jusqu'à Casablanca où j'espère briller. Ce serait un exploit qui reste envisageable.

SPM : Quel est ton tournoi préféré?
YEA : Sentimentalement, c'est sans équivoque Casablanca, qui m'a porté depuis le début. Une compétition au Pays, cela n'a pas de prix. En dehors de ce tournoi, celui qui me plait le plus est l'open d'Australie, car il vient en début de saison, on a très envie de jouer, on m'y reçoit bien, c'est l'été en plein hiver, et l'ambiance est très sympathique.


Younès et le tennis national

SPM : La Coupe Davis 2005 et les relations joueurs-fédération?
YEA : La nature de notre métier fait qu'effectivement les joueurs et la fédération ne se retrouvent vraiment que lors des Coupes Davis. J'ai sans doute eu dans ma jeunesse des réactions qui ont finalement porté préjudice aux deux parties. Depuis, je ne me pose plus de questions, je joue pour mon Pays, et le reste fini toujours par s'éclaircir en discutant. M. Mjid a toujours été très arrangeant .
Quand aux résultats, l'équipe était très homogène lorsque nous étions trois. A deux, c'est plus délicat, on est à la merci d'une indisponibilité synonyme d'échec dans les groupes de haut niveau. Espérons que nous allions en Italie (favorite contre le Luxembourg) Hicham et moi pour avoir une chance de nous maintenir à ce niveau.

SPM : Les structures actuelles du Tennis permettent-elles une relève?
YEA : Une relève, cela se prépare, et il n'y a pas eu de travail de fond. Il faut donc repartir pratiquement à zéro. Il y a aussi des erreurs à ne pas commettre : les jeunes ne doivent pas partir trop tôt à l'étranger car le Maroc se prête parfaitement à ce sport; il ne faut pas non plus tout mettre sur le dos de la fédération, car chaque club fait aussi partie du process. Si toute la chaîne se met en place, il n'y a pas de raison de ne pas avoir de champion un jour.

SPM : Y-a-til des éléments favorables tels que les centres académiques par exemple?
YEA : Tout à fait, ces académies font aussi partie de la dynamique générale qu'il faut maintenir, comme l'ont fait Moundir et Alami, et récemment Afif au Wifaq avec 300 jeunes. Les jeunes ont envie de jouer au tennis. Mais il faut aussi que les parents aient les moyens et la volonté. Le signe favorable qui est nouveau aujourd'hui, c'est que l'action de sponsoring commence à se développer au Maroc, ce qui n'était pas le cas par le passé. La voie est donc ouverte et il faut en profiter pour re-structurer.

SPM : Mais toi personnellement, quel a été ton facteur de succès?
YEA : J'ai envie de répondre que c'est un hasard, qui est né d'une rivalité entre Alami et moi lorsque nous étions jeunes. On se surpassait pour dépasser l'autre, et nos parents nous ont beaucoup aidé. D'autres aussi auraient très bien put nous rejoindre, tels Dislam, Saber ou Chekrouni ... Ce sont des petits détails qui ont fait la suite, comme la motivation, le sacrifice, la persévérance. J'avais personnellement arrêté les études, et ne pouvais pas faire marche arrière. J'étais décidé et résolu à aller le plus haut possible.


Un champion hors du temps

SPM : Quel est ton meilleur match, ton meilleur souvenir?
YEA : Dur de répondre, j'en ai beaucoup. J'ai fait quatre quarts de finales de grand Chelem. Sur le coup comme cela, je me souviendrais de ma balle de match contre Roddick, dans un tournoi que j'aime bien, et dans un match dont la durée restera dans les annales. Tout juste après, je penserais au formidable Espagne-Maroc où j'ai gagné mes deux matchs dans une ambiance folle.

SPM : Quelles sont tes passions en dehors du court?
YEA : J'en ai à la fois beaucoup et aucune, car je n'ai pas le temps de m'en préoccuper. J'aimerais faire des rallyes, de la moto, du surf, mais je ne peux le faire par crainte de blessures. J'aime bien par contre courir ou faire du vélo, mais ce que je préférerais, ce sont les sports extrêmes ...

SPM : Ton fils aîné est-il prêt à relever le défi comme Jordi Cruijf ou Damon Hill?
YEA : Il a sept ans, et au début, il ne touchait pas trop la raquette. Mais depuis deux mois, il commence à jouer. Cela me ferais plaisir qu'il joue bien sûr, et je serais tout à lui pour le guider. Mais bon, il suivra ses propres envies et décidera seul....

SPM : Ton rôle au Concil de l'ATP te plaît-il?
YEA : Cela fait cinq ans que j'y suis, je suis ré-élu, et pour un joueur actif, c'est important d'être dans l'association. Cela permet d'influer sur des décisions, d'être partie prenante d'une organisation internationale de grande envergure. J'ai techniquement cinq réunions par an, mais suis informé en continu. C'est par ailleurs très formateur et peut m'inspirer de nouveaux horizons, dont pourrait bénéficier mon Pays.

SPM : As-tu déjà une idée sur des plans de reconversion?
YEA : Je n'y ai pas vraiment réfléchi, tant je suis absorbé par mon envie de bien faire mon métier actuel. Mais je sais que j'ai un rêve : d'être assis un jour dans les tribunes d'un tournoi du Grand Chelem, suivant la finale dans laquelle participe un joueur marocain, et de me dire que j'ai failli y arriver étant joueur, mais j'y suis parvenu à travers un autre joueur grâce mon oeuvre ....

SPM : Un dernier mot pour les visiteurs de Sportmaroc.com
YEA : Je voudrais leur dire que ma longue absence m'a rendu encore plus triste qu'eux, et que mon public en général. Et tout les sacrifices que je fais aujourd'hui, c'est grâce à ce support. Le Maroc et les marocains m'ont donné la volonté, ce sont de superbes supporters, et ils me le rendent tous les jours quand je les croise dans la rue et qu'ils m'encouragent ou me remercient. Ceci contribue à tout faire pour me rendre digne de leur confiance.

Au nom de tous ses visiteurs, Sportmaroc.com remercie encore Younès et lui souhaite bonne chance.